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La diagonale d'un fou

Emmanuel est un adhérent de l'AAAL qui a réalisé un rêve complètement fou : traverser l'île de la Réunion en courant par la diagonale des fous "Le grand Raid de la Réunion".

7 mois de préparation pour 56h et 11mn d'aventure et d'émotions et de magique que nous vous invitons à gouter à travers cet interview.

INTERVIEW :

Comment as-tu décidé de partir dans cette aventure ? de t'inscrire ?

Tout a commencé techniquement le 11/02/2015, mais cette idée d’ultra date de ma première visite sur l’UTMB en 2008 je crois. J'avais fait l'assistance d'une amie, Catherine Dubois qui jouait le podium. J'avais pu cotoyer tous les éléments d'une course de ce type. Je m’étais dit à ce moment : je ferai un truc comme ça un jour. La Réunion était alors très loin à ce moment, voir même inexistante dans ma culture course à pied, et encore plus loin dans mes capacités puisque cela ne faisait que 2 ans que je courrais.

Ensuite j'avais envie de me créer un challenge sérieux et qui sortait du "train-train" des courses que l'on cotoie habituellement de part leur organisation ou décor.

Les récits de course de Samuel et Yann m'ont mis l'eau à la bouche.

Et pour finir j'ai un ami d'enfance qui vit à la Réunion et qui m'a dit l'année dernière: tu viens à la maison, tu fais le grand Raid, on s'occupe de toi"

tout mis bout à bout et après un concilabule famililale j'ai décidé de m'inscrire le 11 février, et pour bien marquer l'aventure, 1h après l'inscription je me cassais l'omoplate sur les pistes de skis ....


Raconte-nous ta préparation

La préparation, c'est le nerf de la guerre. Et là je dois dire un grand merci à Yann qui m'a orienté et guidé pour faire le plan dans ses grandes lignes. Mais surtout cela été 7 mois, et 7 mois c'est long.

Mais ça été 7 mois à découvrir des séances d'entrainement nouvelles : de nombreuses sorties rando courses pour travailler l'endurance, des blocs WE de 2 ou Séances allant de 3h à 7h, un bloc de 15 jours à la montagne à sortir tous les jours pour 2h à 8h, un We avec 2 courses (Nuit des Cabornes de 50km et et un trail le lendemain de 30km pour 4000m de dénivelé.

L'objectif a été de travailler l'endurance, habuitué le corps à répéter les efforts et surtout travailler le dénivelé sans bâton qui est la particularité de la diagoanle des fous.

7 mois à peaufiner le matériel, à trouver les bonnes chaussures en raison du terrain hyper technique que l'on ne trouve pas ici en métropole, les bons vêtements en raison du diférentiel de température (2° à 30° tout au long du parcours) et de l'humidité (voire des grosses pluise).

7 mois à travailler le plan de course et à se poser des questions sur le sommeil, car c'est 2 à 3 nuits de courses pour moi

7 mois à partager l'aventure et à construire les étapes, et à ne penser qu'à ça consciemment ou inconsciemment.

Mais surtout 7 mois de rencontres et de partages de séances d'entrainements. Des amis de longues dates pour les sorties courses, la famille pour des randonnées ou des sorties (merci à mes 2 adolescents) et les sorties WE avec les AAALIENS Aurore, Daniel, Morgan, Yann, Olivier.

7 mois à essayer de ne pas s'essoufler dans ce challenge à trouver des choses différentes pour ne pas avoir de routine usante.

Pendant cette prépartion, il y a ce dernier mois crucial à préparer ses pieds avec des massages de NOK tous les soirs et 1 mois à faire du repos, du sommeil, et se forcer à ne plus faire de "grosse sortie" juste des spots de 2h maxi. et ce repos, je crois, a été le facteur déterminant pour arriver au bout et passer 3 nuits dehors sans avoir le sentiment d'avoir sommeil. Incroyable comme finalement on peut emmagasiner du "sommeil".

Ces 7 mois, ont été une découverte pour moi en terme de durée, mais je le répète ont été 7 mois à m'émerveiller des rencontres et de l'engouement que pouvait susciter ce challenge. Et encore je n'étais pas au bout de mes surprises !



Raconte-nous ton arrivée sur les lieux, l'ambiance, la course : temps forts, temps compliqués... ton ressentit sur la ligne d'arrivée...

Pour ne pas stresser, pas trop cogiter, et arriver frais, j'ai pris le parti de travailler jusqu'à 5 jours avant le départ, d'arriver le lundi sur place (départ à 22h le jeudi). Je ne voulais pas perdre toute l'énergie accumulée dans le stress pré course.

Toute l'ile vit pour la course pendant 3 semaines. Radio, télé, journaux, commerçants, rencontres quotidiennes. Tout le monde sur place connait la course, soit par leur participation directe ou indirecte, soit parce qu'ils ont une connaissance qui a déjà fait la course. Et tous sont respectueux des coureurs car ils savent o combien La Réunion possède un terrain de jeu hallucinant.

J'ai pu rester un peu à l'écart grâce à mes amis et leur cocon. J'ai, nous avons, pu nous préparer tranquillement. Je dis "nous" car la femme de mon meilleur ami était également inscrite et pour ceux qui ont suivi la course sur facebook, vous nous avez vu arriver main dans la main. Donc en étant 2 en mode, isolé et préparation, nous avons pu nous délester du stress en se réconfortant et en se calmant mutuellement.


La course a été un moment inoubliable, difficile à raconter en peu de lignes. Cependant il y a quelques moments forts :

  • Le départ: un sas d'entrée avec un nombre incaluclable de bénévole pour accueillir, contrôler les sacs, la foule qui se presse autour des grilles du parc fermé où 2700 fauves en cage avec tous le même tee-shirt obligatoire, la musique locale en boucle avec un concert sur scène, et après 1 semaine de beau temps un grain d'1/2 heure à 1 heure du départ !
  • Le coup de pistolet et les frissons sur tous le corps, les 7 mois d'attente qui se libèrent et 5 kilomètres dans la chaleur et l'humidté le long de la mer avec une foule à faire palir le Tour de France !
  • Les premières bosses dans les champs de canne à sucre et toujours autant de monde même après 2h de course, le premier ravito et le premier embouteillage : un embouteillage au milieu de la jungle dans 1 single au pied d'une ravine pour 2h d'arrêt au milieu de nulle part qui nous sème des doutes dans la tête et qui remet en cause mon plan de course...
  • La montée au Piton Textor avec en arrière plan le Piton de la fournaise en éruption et le ciel embrasé de rouge, exceptionnel !
  • La première rencontre avec notre "équipe d'assitance" qui est au RDV comme prévu et qui est plein d'énergie
  • Piton Textor et son décor presque lunaire après la canne à sucre et la jungle et avant la prairie, exemple parfait de la diversité de la Réunion sur à peine 35km, notre première soupe de vermicelle au petit matin
  • La descente sur MARABOUT annoncé comme LE boubier mondial mais où tout est sec et qui me fait éclater de rire en pensant à Yann
  • Mon premier coup de bambou dans le coteau Kerveguen, enfer technique que j'avais jamais vu (mais il y a eu encore plus dur derrière)
  • L'arrivée sur le stade de Cilaos et la prise de conscience que nous allons attaquer MAFATE le juge de paix, une douche, un repas à base de pâtes à la sauce tomate et le début du tour gastronomique de la Réunion (eh oui c'est possible)
  • Le début de la seconde nuit et le début de Mafate dans le noir complet, les changements de température et 40km seuls
  • La descente sur Ilet à Bourse complètement au radar, radioguidé et une perte de lucidité dans cette deuxième nuit et le premier coup de sommeil, l'angoisse et le stress d'être passé au bord de l'élimination à la barrière horaire à 20 minutes prêts
  • Le fond de MAFATE : décor à jamais gravé (voir les photos) et un second coup dur à cause d'une hyperthermie, et 5 kilomètres torse nu pour rejoindre un ravito
  • La montée au MAIDO : moment magique sous un ciel bleu et une grosse chaleur, mais avec un cinémascope sur tout MAFATE, paysage majestueux qui vous prend aux tripes et qui vous dit : VOILA POURQUOI TU AS SOUFFERT, VOILA POURQUOI TU ES VENU
  • Le ravito de sans soucis avec ses crêpes, instants plaisirs bonheur
  • La descente sur la Grand Chaloupe et sa Ravine, le terrain le plus dur et technique que j'ai jamais connu sur un trail
  • La tendinite au talon d'achille à 25km de l'arrivée qui fait serrer les dents mais qui ne peut t'empêcher d'arriver au bout
  • Les 500, 400, 300, 200, 100 derniers mètres que ton cerveau compte, et la vision de la banderole de l'arrivée et d'un coup le TSUNAMI d'émotions, d'hormones, de réactions dermiques, .... 100m que seuls les sportifs peuvent connaitre lors d'un aboutissement.
  • Il ya eu 3 moments un peu difficiles, mais jamais il n'y a un instant au fond du trou. L'expérience des courses difficiles, l'expérience de mes prédécesseurs, l'expérience des séances d'entrainements m'ont permis de ne jamais avoir un moment de doute ou d'abattement, et c'est le moment fort au milieu d'un monde magique.



Qu'as-tu en projet à présent ? Comment te sens-tu ? Que gardes-tu en tête de cette expérience ? Comment vit-on après une course aussi intense ?

L'après course a été 1 semaine de détente avec mon fils et mes amis sur place à disserter sur la course autour de tipunch et autres rhum arrangés, 1 mois de coupure complet. Je n'ai eu aucun souci de pied, musculaire. Ma tendinite m'a fait souffir, et je viens de découvrir que c'en était pas une, ma douleur était du à une de mes 3 paires de chaussures pourtante toutes identiques. Mais le plus dur est de se relancer. Actuellement, je n'ai aucun projet car il est très difficile de se replonger dans un cycle de préparation. Le plus dur n'est pas la course, ce sont ces 7 mois de préparation !

Il y a des milliers d'images et émotions qui me restent, mais les plus marquantes sont, s'en aucun doute : le décor inimaginable, l'organisation et les centaines de bénévoles présents, souriants, gentils pendant 3 jours et 3 nuits, un truc rare : l'aventure humaine avec ma famille, mes amis, mes collègues d'entrainements, mon équipe d'assistance, ma partenaire de course, et la synergie, l'énergie qui s'est créée autour de cette course , un phénomème que je n'aurai jamais imaginé, la communauté autour de la page FB (https://www.facebook.com/Lacoursedunevie.Emmanuel.Pardon/?fref=ts= ) a été une réelle heureuse surprise.